fabius plus怎么说6. Les deux présidences de Jacques Chirac : 1995-2002 et 2002-2007

新闻资讯2026-04-20 23:28:55

Le 13 mai 1958, à l'annonce de la formation du gouvernement Pflimlin, réputé libéral, les partisans de l'Algérie française mettent sur pied, à Alger, un Comité de salut public. Beaucoup d'entre eux perçoivent alors le général de Gaulle comme l'homme providentiel. Le 27 mai, ce dernier déclare : « J'ai entamé hier le processus régulier nécessaire à l'établissement d'un gouvernement républicain. » Deux jours plus tard, le président de la République, René Coty, le nomme président du Conseil (chef du gouvernement sous la IVe République).

La nouvelle Constitution est rédigée en trois mois, principalement par Michel Debré, en se fondant sur les conceptions exposées par le général de Gaulle en 1946, lors de son discours de Bayeux. Elle est présentée le 4 septembre – date anniversaire de la proclamation de la république en 1870 – par de Gaulle lui-même, sur la place de la République, à Paris. Le 28 septembre, le texte est approuvé par 80 % des électeurs, ce qui lui confère une légitimité incontestable.

La Constitution de la Ve République institutionnalise le rôle des partis politiques dans son article 4 : « Les partis et groupements concourent à l'expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie. » Il leur revient d'élaborer des programmes susceptibles de répondre aux problèmes et préoccupations des citoyens, et de proposer des projets dans lesquels chaque citoyen pourra se reconnaître, ou non, à l'occasion d'un scrutin.

Le général de Gaulle est élu président de la République (78,5 % des suffrages) le 21 décembre. Désireux de réagir contre l'instabilité ministérielle qui caractérisait la IIIe et la IVe République, le chef de l'État veut assurer un pouvoir exécutif fort et stable, la nation étant consultée par voie de référendum.

Mais le régime est confronté avant tout au problème de l'Algérie, où la guerre sévit. Le processus de paix est engagé par de Gaulle d'une manière qui déconcerte puis révolte les partisans de l'Algérie française. Au cours de l'année 1960, de Gaulle évoque plusieurs fois l'« Algérie algérienne », tandis que treize États africains francophones accèdent à l'indépendance.

En avril 1962 est constitué le ministère Pompidou. Une forte opposition se manifeste au Parlement, due surtout à la politique européenne du régime (l'« Europe des États », retrait de l'OTAN), et le gouvernement doit faire face au malaise paysan grandissant. Le chef de l'État, désirant assurer la pérennité des institutions, prépare l'opinion à un référendum sur l'élection du président de la République au suffrage universel ; 280 députés votent la censure, le ministère Pompidou démissionne, l'Assemblée est dissoute (octobre).

Le 30 mai, le chef de l'État réaffirme son autorité et dissout l'Assemblée nationale. Les élections des 23 et 30 juin 1968 aboutissent à une nette victoire de l'Union pour la défense de la République (UDR). Georges Pompidou est remplacé par Maurice Couve de Murville. Le ministre de l'Éducation nationale, Edgar Faure, fait voter une réforme fondée sur la participation des étudiants et des enseignants à la gestion d'établissement dotés d'une large autonomie (octobre 1968), et la loi de décembre 1968 reconnaît l'existence de la section syndicale d'entreprise.

Devant les élections présidentielles, la gauche se divise : elle n'est représentée par aucun candidat au deuxième tour, où Georges Pompidou l'emporte sur Alain Poher. Le nouveau président prend comme Premier ministre Jacques Chaban-Delmas ; la majorité s'élargit en incorporant une fraction du centrisme. La notion de « contrats de progrès » semble l'emporter sur celle de la participation ; la régionalisation marque le pas.

Aux élections présidentielles des 5 et 19 mai 1974, Valéry Giscard d'Estaing l'emporte, au second tour, avec 50,8 % des voix contre 49,2 % à François Mitterrand, candidat de l'Union de la gauche. Jacques Chirac est appelé à présider le gouvernement. Le nouveau pouvoir manifeste une certaine volonté réformatrice (droit de vote à 18 ans, réforme de l'Office de la radiodiffusion-télévision française (ORTF), loi sur l'interruption volontaire de grossesse [IVG]).

L'arrivée de la gauche au pouvoir, après la victoire de François Mitterrand sur V. Giscard d'Estaing au second tour de l'élection présidentielle, le 10 mai 1981, avec 51,8 % des voix, constitue un tournant dans l'histoire de la Ve République. Avec elle, en effet, commence une période d'alternance entre la gauche et la droite, bientôt prolongée par des épisodes de cohabitation.

Cette victoire surprend l'opinion, et la perspective de réformes radicales, si elle réjouit les uns, inquiète les autres. En réalité, il apparaît rapidement que la continuité l'emporte sur le changement, même en matière économique, avec un retour à une gestion classique après une brève période au cours de laquelle sont tentées un certain nombre de transformations structurelles. La continuité est particulièrement marquée en matière institutionnelle : F. Mitterrand, autrefois très hostile à la Constitution de 1958, se soumet sans réticence à ses règles.

Dans le même temps, l'incertitude de l'avenir semble conduire les Français à se retourner sur leur passé : la décennie 1980 marque le début d'un engouement particulier pour les commémorations et, plus significatif encore, voit se développer un débat public sur la France de Vichy (→ gouvernement de Vichy) et sa responsabilité dans le massacre des juifs. Pour la première fois, des procès pour crimes contre l'humanité sont organisés en France (Klaus Barbie, 1987 ; Paul Touvier, 1994 ; Maurice Papon, 1997-1998).

Après des élections municipales qui traduisent un net recul de la gauche, le gouvernement de P. Mauroy est profondément remanié et adopte, le 25 mars, un plan de rigueur qui marque la conversion des socialistes aux règles de l'économie de marché. Pour autant, ces derniers ne retrouvent pas le soutien de l'opinion. Une partie de celle-ci se radicalise autour du FN, qui, à la faveur d'élections partielles, entre pour la première fois dans un conseil municipal (Dreux, septembre 1983). Le PCF voit son audience décroître : il dépasse à peine le FN aux élections européennes de juin 1984. Il apparaît alors clairement que la droite est majoritaire, ce que confirme le même mois la puissante manifestation à Paris en faveur de l'« enseignement libre », que menacerait le projet du ministre de l'Éducation nationale, Alain Savary.

L'adoption du scrutin proportionnel (loi du 17 juillet 1985) pour les législatives et les régionales ne fait que limiter l'ampleur de la victoire de la droite aux élections du 16 mars 1986 et permet au FN de faire jeu égal avec les communistes. À l'Assemblée, l'union RPR-UDF obtient de justesse, avec l'apport des « divers droite », la majorité absolue, FN et PCF faisant élire chacun 35 députés. Avec les régionales, premières du genre au suffrage universel direct, la droite prend le pouvoir dans 20 Régions sur 22 ; le FN a 137 élus (sur un total de 1 830 conseillers régionaux). Plus que la défaite de la gauche, prévisible, c'est la percée du Front national qui constitue l'événement majeur de ces élections.

F. Mitterrand, qui a longuement entretenu le suspense sur sa candidature, sort nettement vainqueur de l'élection présidentielle d'avril-mai 1988, qui a vu s'affronter au premier tour deux candidats de la droite parlementaire, J. Chirac et Raymond Barre, alors que le leader du FN, Jean-Marie Le Pen, obtenait plus de 14 % des voix, et que le candidat du parti communiste réalisait un score catastrophique (moins de 7 %).

Le succès le plus spectaculaire du nouveau Premier ministre, Michel Rocard, apôtre du « parler vrai » et du « gouverner autrement », est justement de parvenir à un accord entre les deux parties adverses de Nouvelle-Calédonie, mettant fin à un conflit devenu aigu depuis plusieurs années (accord de Matignon, juin 1988).

Le remplacement inopiné de M. Rocard par Édith Cresson puis la nomination, moins d'un an plus tard, de Pierre Bérégovoy comme Premier ministre sont les principales étapes du déclin de la gauche mitterrandienne. En semblant vouloir donner des gages à l'opposition (déclaration de É. Cresson sur l'utilisation de charters pour expulser les immigrés clandestins, politique du « franc fort » de P. Bérégovoy), les deux gouvernements s'aliènent de larges franges de l'électorat de gauche et du centre, déjà désorienté par les affaires qui se multiplient ou prennent de l'ampleur (financement des partis, corruption, abus de biens sociaux…, mais surtout affaire du sang contaminé).

Les législatives de mars 1993 sont un véritable désastre pour la gauche, qui n'obtient que 93 sièges sur 577. Le suicide de P. Bérégovoy, le 1er mai suivant, jour de la fête du Travail, ajoute la dimension d'un drame humain à cette déconfiture politique. La droite ne profite que médiocrement de la situation.

À l'initiative de Jacques Chirac, qui en fut le premier bénéficiaire, la durée du mandat présidentiel est ramenée de 7 à 5 ans, par la loi constitutionnelle du 2 octobre 2000, mise en œuvre en 2002

Alain Juppé, fidèle adjoint de Jacques Chirac, est nommé Premier ministre. Son gouvernement constitue une innovation, avec un nombre record de femmes. La conjoncture demeurant morose, il doit renoncer peu à peu aux promesses de la campagne électorale : loin de diminuer les impôts, il augmente la TVA de 2 points.

Le gouvernement de Lionel Jospin, dit de la « gauche plurielle », fait preuve d'un réformisme réel mais prudent. La lutte contre le chômage et l'exclusion constitue le premier axe de son action. Il mise sur les emplois-jeunes et sur la réduction du temps de travail ou RTT, (lois de 1998 et 2000 sur les « 35 heures » promues par Martine Aubry). La situation économique se redresse : le nombre des chômeurs tombe au-dessous des 3 millions dès 1998 et continue ensuite de diminuer. Par ailleurs, un bon accueil est fait à la couverture maladie universelle (CMU) [à l'initiative de M. Aubry] en juin 1999.

Les élections municipales de mars 2001 mettent en lumière un réel malaise politique. Malgré un bilan « honorable » du gouvernement, la droite apparaît majoritaire en voix. À gauche, les « révolutionnaires », mécontents du « social-libéralisme » du gouvernement, marquent des points, ainsi que les écologistes, alors que les socialistes stagnent et que le parti communiste continue sa chute.

Ce malaise politique va éclater au grand jour le 21 avril 2002, au premier tour de l'élection présidentielle. Les Français, médusés, apprennent que L. Jospin est battu et que le second tour opposera J. Chirac à J.-M. Le Pen. Avec moins de 4 % des voix, le PCF connaît une régression considérable. Les abstentionnistes (28,40 %) n'ont jamais été aussi nombreux à une élection présidentielle. L'extrême droite recueille 19,20 % des suffrages, l'extrême gauche, 10,44 %, et Chasse, Pêche, Nature et Tradition (CPNT), 4,23 %.

Jean-Pierre Raffarin, président (Démocratie libérale) du Conseil régional de Poitou-Charentes, est nommé Premier ministre. Perçu comme un modéré libéral, il s'attache à mettre en œuvre les promesses du candidat Chirac, notamment la lutte contre l'insécurité, la baisse des impôts sur le revenu et la réforme des retraites. Mais des difficultés ne tardent pas à surgir.

À peine entré en fonction, Dominique de Villepin marque la rupture qu'il veut incarner en affichant sa détermination à faire reculer le chômage. Pourtant ses marges de manœuvre, en l'absence de perspectives nettes de croissance, demeurent réduites ; par ailleurs, l'équipe dont il s'entoure comprend nombre d'anciens ministres de J.-P. Raffarin ; quant à N. Sarkozy, il est à nouveau titulaire du portefeuille de l'Intérieur, et numéro deux du gouvernement, ce qui crée une source potentielle de conflit politique au sommet.

Le plan de bataille pour l'emploi mis en œuvre débouche en août sur le contrat nouvelle embauche (CNE) qui assouplit, à l'attention des petites entreprises, les conditions d'embauche par CDI. Le Premier ministre fait montre de fermeté lors du conflit social à la Société nationale maritime Corse Méditerranée (SNCM) et des développements de la question corse. Il doit cependant affronter la révolte des banlieues, qui enflamme pendant près de trois semaines, du 27 octobre à la mi-novembre, plus de 400 quartiers dans le pays : ce n'est qu'en ressortant une loi d'exception datant de la guerre d'Algérie que le gouvernement finit par mettre un terme aux accès de colère de cette frange, déshéritée, de la société et de la jeunesse.

En novembre, au terme de la primaire inédite que le PS a organisée auprès de ses adhérents, Ségolène Royal est élue candidate officielle avec 60,65 % des voix contre 20,69 % pour Dominique Strauss-Kahn et 18,66 % pour Laurent Fabius.

Décidé à mener la politique de rupture annoncée dans la campagne et à occuper tout l'espace politique, quitte à court-circuiter son Premier ministre François Fillon, N. Sarkozy ouvre le gouvernement à des personnalités de gauche et à des membres des « minorités visibles ».

L'aggravation de la conjoncture a toutefois tôt fait de conjuguer insatisfactions et mécontentements.

Le résultat des élections régionales de mars 2010 a valeur d’avertissement. L’abstention culmine aux deux tours à un niveau aussi haut que peut être bas le score des forces de droite (autour de 35 %). Le PS (29,5 %) dépasse l’UMP qui plafonne à 26,3 % ; il redevient, non seulement le premier parti du pays, mais aussi la composante dominante à gauche, puisque les listes d'EE-LV n’obtiennent qu’environ 12,5 % des suffrages. Suit le FN, stimulé par les débats sur l’identité nationale et le port du voile intégral (11,7 %). Quant au Front de gauche (6,1 %), il marginalise le NPA qui semble devoir payer le choix de son isolement. Le MoDem est quasiment écarté de la vie des Régions. Au second tour, l’union des forces de gauche réalise une performance historique (54,1 % des voix) et, non contente de conserver les 20 Régions métropolitaines qu’elle dirigeait, leur ajoute la Corse. Pour la droite, la sévérité de la défaite remet en cause la double stratégie présidentielle du parti unique et du siphonnage des voix du FN.

Si N. Sarkozy déclare officiellement sa candidature le 15 février 2012, la campagne présidentielle fait rage depuis des mois. Elle s'inscrit dans un climat marqué par la crise (dégradation du crédit financier du pays en janvier, troubles financiers européens en cascade, recul de la croissance, montée du chômage, désarroi général) et de multiples tensions (débats sur l’immigration et la place des étrangers en France, série d’assassinats ciblés par un jeune islamiste à Montauban et Toulouse en mars). Elle oppose dans un affrontement très âpre cinq principales personnalités que les sondages tendent à placer, pour le premier tour, dans un mouchoir de poche :

– F. Hollande, qui, au-delà d’un programme social-démocrate prudent et modéré, capitalise sur le rejet massif, dans la population, du chef de l’État ;

– N. Sarkozy, qui s’attache à rattraper son retard en multipliant les annonces et les œillades à la frange la plus droitière de son électorat ;

– F. Bayrou, qui prône une politique de vérité, ralliant des membres du Nouveau Centre et de l’UMP et escomptant rassembler là où le président sortant s’emploie à cliver ;

– J.-L. Mélenchon, qui entend damer le pion à l’extrême droite auprès de l’électorat populaire et orienter le débat nettement vers la gauche ;

– M. Le Pen qui cherche à répondre aux inquiétudes des ouvriers et classes moyennes fragilisées en appelant au rejet de l’Europe et à la fermeture des frontières.

Entré en fonction le 15 mai, F. Hollande nomme à la tête du gouvernement le fidèle et social-démocrate Jean-Marc Ayrault, préféré à M. Aubry, avec laquelle les rapports personnels sont moins faciles. Le cabinet qu'il compose avec ce dernier s’ouvre aux sensibilités écologistes et radicales qui l’ont soutenu dans sa campagne (avec notamment Cécile Duflot, au Logement), et, exception faite des anciens ministres que sont Laurent Fabius (Affaires étrangères), Michel Sapin (Travail), Marilyse Lebranchu (Réforme de l’État), Pierre Moscovici (Économie), Jean-Yves Le Drian (Défense), affiche une volonté de renouvellement en même temps qu’une stricte parité homme/femme. Sont ainsi promus des « éléphants » et responsables de courant du PS (Manuel Valls, à l’Intérieur ; Arnaud Montebourg, au Redressement productif ; Vincent Peillon, à l’Éducation ; Benoît Hamon, à l’Économie solidaire) et des figures de la diversité (Christiane Taubira, à la Justice ; Najat Vallaud-Belkacem, porte-parolat et Droits des femmes ; Victorin Lurel, à l’Outre-Mer ; Kader Arif, aux Anciens combattants, etc.).

La sévérité du verdict des urnes, conjuguée à toutes sortes de pressions et de manœuvres internes, contraint le chef de l’État à remanier le gouvernement au-delà ce qu’il avait prévu et notamment à remplacer J.-M. Ayrault par M. Valls à la tête d’une équipe désormais resserrée. À charge pour ce dernier d’amplifier la politique de rigueur et d’offre adoptée par son prédécesseur tout en marquant une rupture en matière d’image et de méthode. Restreint, le nouveau gouvernement, toujours paritaire, comprend 16 ministres, pour la plupart reconduits, mais les postes stratégiques reviennent à des « hollandais ». Les deux écologistes Cécile Duflot et Pascal Canfin, eux, décident de ne plus faire partie de l'exécutif, officiellement pour incompatibilité de ligne politique avec le nouveau Premier ministre.

Les 7, 8 et 9 janvier, des attentats terroristes frappent Paris et sa banlieue proche, ciblant la rédaction du journal satirique , des policiers, ainsi que les employés et clients d’un supermarché kasher, faisant au total 17 morts et de nombreux blessés. Un mouvement d’union nationale quasiment spontané fait descendre 4 à 5 millions de Français dans la rue, dans le cadre de défilés républicains qui culminent le 11 dans la capitale avec le rassemblement autour des proches des victimes de près d’une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement ainsi que d’une foule immense. Le crédit accordé à l’exécutif dans la gestion des événements, notamment la traque puis la neutralisation des trois djihadistes responsables du bain de sang, ne dure guère. Si le PS conserve le siège de député du Doubs laissé vacant par le départ à Bruxelles de P. Moscovici en février, il le doit surtout aux maladresses de l’UMP, éliminée du second tour, au profit d’un FN conquérant. Et la gauche achève de se diviser, tant à l’Assemblée où M. Valls utilise la procédure du 49-3 pour faire passer le projet de loi Macron de libéralisation de l’économie, contesté dans ses rangs, que sur le terrain où elle se présente en ordre dispersé. Aussi les élections départementales de mars lui infligent-elles un nouveau revers : elle doit concéder à une droite unie et ragaillardie 27 conseils, dont les symboliques Corrèze, Bouches-du-Rhône, Nord, Essonne, Côtes d’Armor, Allier… Contre les pronostics, et malgré d’excellents scores au premier tour ainsi qu’une implantation désormais effective sur tout le territoire, le Front national n’obtient qu’un total de 62 représentants et rate sa transformation de l’essai en ne raflant la direction d'aucun exécutif local.

Dans ce contexte troublé, les positions des uns et des autres se précisent au cours de l’été. M. Valls, qui place ostensiblement son action sous le signe de la défense intransigeante des valeurs républicaines et de la laïcité, s’avance comme recours possible, même s’il prend soin de réitérer sa loyauté envers le président de la République. Pour leur part, J.-L. Bennahmias, de Front démocrate, et F. de Rugy, d’Écologistes !, font connaître leur intention de participer à la compétition organisée par le PS, tout comme bientôt les frondeurs B. Hamon et A. Montebourg. C. Duflot, quant à elle, se résout à concourir à celle des Verts, dont elle ne voulait pas, face à ses confrères Yannick Jadot, Karima Delli et Michèle Rivasi. E. Macron crée la surprise en quittant à la fin d’août le gouvernement pour se consacrer à une campagne qui, pour l’heure, ne dit pas encore son nom mais en prend visiblement l’allure. N. Sarkozy, cerné par de multiples affaires judiciaires, durcit son discours et choisit de cliver toujours davantage en matière d’autorité, d’identité et de sécurité, avant de rompre le secret de Polichinelle qui entourait sa candidature à la grande consultation de droite. Une fois entré dans l’arène, il s’en prend frontalement au favori des sondages, A. Juppé, mais aussi aux seconds couteaux que sont alors J.-F. Copé, F. Fillon, N. Kosciusko-Morizet, B. Le Maire, ainsi que le président du petit parti chrétien-démocrate, Jean-Frédéric Poisson. Pendant ce temps, M. Le Pen et le FN, plus que jamais en embuscade, accentuent leur pression sur les uns et les autres.

Marine Le Pen entame l’année 2017 en position de force, ce qui nourrit les plus grands espoirs des responsables, militants et sympathisants frontistes. F. Fillon, qui s'était montré cohérent et inflexible lors du débat télévisé, pâtit de sa volte-face sur la privatisation de la Sécurité sociale. E. Macron, qui s’affirme « et de gauche et de droite », bénéficie de l’espace laissé vacant au centre après la défaite de A. Juppé et le renoncement de F. Hollande. J.-L. Mélenchon, quant à lui, commence à engranger les fruits de sa longue campagne en faveur d’une société alternative, ouvertement environnementaliste et progressiste. Les primaires dites de la gauche déjouent initialement les craintes de leurs concepteurs avant d’être rattrapées par le mauvais sort : près de 4 millions de spectateurs assistent en effet aux premiers échanges télévisés entre les 7 postulants, mais le débat s’avère si terne que l’audience chute lors des deux autres débats. Ces derniers n’en permettent pas moins de distinguer le programme radical et écologique de B. Hamon, qui arrive en tête du vote, avec 36,5 % des voix sur 1,6 million d’inscrits, coiffant une fois de plus, selon un scénario désormais bien établi, le favori initial. En effet, M. Valls, longtemps promis à la victoire, sort affaibli de l’épreuve, et ne récolte que 31,9 % des suffrages. Une série de cafouillages sur le chiffre de la participation, d’abord gonflé puis révisé à la baisse, ainsi que sur les scores respectifs des candidats, un temps contestés, entache en outre le déroulement de la consultation. Le débat entre les deux finalistes confirme la donne : au second tour, B. Hamon l’emporte facilement sur son rival, avec 58,7 % des quelque 2 millions de participants. Peu après, à l’instar de F. Hollande, M. Valls fait connaître son intention de se mettre en retrait de la campagne…

Dans ce contexte inédit de rebondissements imprévus, le premier tour du 23 avril, paradoxalement, ne réserve guère de surprises : certes, l’abstention, à 22,23 %, s’avère plus limitée qu’annoncé. Mais, comme prévu par les sondages, si les 4 candidats qui émergent nettement se tiennent dans un mouchoir de poche, E. Macron et Marine Le Pen se retrouvent finalement face à face, avec respectivement 24,01 et 21,30 % des suffrages. Un prétendant de 39 ans encore largement inconnu des Français à la fin de 2017, dépourvu de toute expérience électorale préalable et ayant initialement pour seul appui un mouvement créé à peine un an plus tôt, vient à bout de concurrents autrement patentés, de solides routiers de la vie politique, et de la puissante logistique de leurs partis. Malgré un résultat en deçà des attentes, M. Le Pen, elle, assoit son emprise, gagnant plus de 3,5 points et 1,2 million de voix par rapport à 2012. Elle arrive d’ailleurs en tête dans environ la moitié des départements, en particulier dans les Hauts-de-France (31,03 % à l’échelle régionale) et le Grand-Est (27,78 %), progresse dans ses bastions et renforce ses positions en outre-mer et dans les villes. Pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, la droite et son candidat sont éliminés du second tour : F. Fillon doit se contenter de la troisième place et d’un socle, certes non négligeable mais insuffisant, de 20,02 % des voix. Il est talonné par J.-L. Mélenchon, qui, à 19,58 %, réalise un score historique mais voit disparaître l’espoir de se qualifier. Le PS subit une humiliation : B. Hamon obtient 6,36 %, juste au-dessus du seuil de remboursement des frais de campagne. Suivent les petits candidats, tels que le souverainiste de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan (4,70%), le centriste indépendant Jean Lassalle (1,21), Philippe Poutou, du NPA (1,09), le partisan du « Frexit » François Asselineau (0,92), Nathalie Arthaud, de Lutte ouvrière (0,64%), et le routier des campagnes Jacques Cheminade (0,18).

L’élection du nouveau président participe d’un big bang politique : si d’aucuns, dans les appareils traditionnels, estiment impossible l’obtention, aux prochaines législatives, d’une majorité destinée à mettre en œuvre son programme, d’autres, au contraire, prennent la mesure des bouleversements induits par sa victoire et s’emploient à les accompagner, quitte à les rendre plus inéluctables encore. Aussi droite et gauche se divisent-elles immédiatement d’une part en ailes plutôt favorables à un soutien au futur chef de l’État, bientôt appelées « Macron-compatibles », et d’autre part en blocs d’adeptes d’une opposition ferme et résolue. M. Valls fait ainsi très tôt connaître son intention de rejoindre le mouvement de son ancien ministre ; pour leur part, B. Le Maire puis A. Juppé, et nombre de leurs proches, ne font pas mystère des convergences existant entre hommes et projets, jusqu’à envisager une possible coopération avec l’équipe bientôt au pouvoir. La formation En marche !, rebaptisée La République en marche (LRM), décide de ne pas présenter de candidat dans des circonscriptions où les candidats, de gauche ou de droite, sont jugés compatibles avec le nouvel exécutif. Et certains élus socialistes franchissent le pas, quittent le PS et obtiennent l’investiture LRM pour les échéances de juin. Les défections sont moindres chez les Républicains, mais les rangs des candidats qui affichent une certaine proximité avec le nouveau chef de l’État grossissent singulièrement. Aussi les états-majors PS et LR, déjà particulièrement fragilisés par la déroute au scrutin présidentiel, n’en sont-ils que davantage ébranlés.

Le gouvernement intérimaire, resserré, globalement paritaire, fait une large place aux experts et représentants de la société civile : ils sont en effet 11 au total, sur 18 ministres et 4 secrétaires d’État. Ainsi l’ex-DRH de Danone et haut fonctionnaire Muriel Pénicaud est-elle placée à la direction du Travail ; l’ancien recteur, professeur de droit et directeur de l’ESSEC Jean-Michel Blanquer prend les commandes de l’Éducation ; la présidente de l’université de Nice Frédérique Vidal hérite de l’Enseignement supérieur ; l’hématologue Agnès Buzyn dirige la Santé, l’éditrice Françoise Nyssen la Culture ou encore la championne d’escrime Laura Flessel les Sports… E. Macron et É. Philippe convainquent en outre le populaire journaliste, animateur télé et écologiste Nicolas Hulot d’intégrer l’exécutif, en le portant à la tête d’un grand ministère de l’Environnement et en le promouvant, lui et sa cause, au 3e rang protocolaire. Deux membres des cabinets Hollande reprennent du service, le patron de la Défense J.-Y. Le Drian, qui passe aux Affaires étrangères, et la radicale Annick Girardin, qui troque la Fonction publique contre les Outre-mer. Le baron et maire socialiste de Lyon Gérard Collomb décroche l’Intérieur et le titre de numéro 2 du gouvernement, tandis qu’un autre PRG rallié à E. Macron, le sénateur du Cantal Jacques Mézard, devient ministre de l’Agriculture. Du côté LRM, Richard Ferrand se voit confier l’important portefeuille des Territoires et de la Cohésion nationale, et Christophe Castaner, lui aussi ex-élu PS, est chargé des relations avec le Parlement ainsi que du porte-parolat. Le MoDem place dans la nouvelle équipe trois de ses têtes de file, et non des moindres : l’eurodéputée Sylvie Goulard aux Armées, Marielle de Sarnez aux Affaires européennes, et F. Bayrou à la Justice. Enfin, deux recrues venues de droite s’ajoutent à la liste des personnalités : Gérald Darmanin obtient le poste stratégique du Budget et des Comptes publics, et B. Le Maire est placé à la tête de la puissante forteresse de Bercy.

L’onde de choc des derniers scrutins n’en finit pas d’entraîner des répercussions dans les états-majors politiques. B. Hamon quitte bientôt le PS pour se consacrer au lancement d’un nouveau mouvement de gauche qui se veut fédérateur ; J.-F. Cambadélis cède la place, à la direction de ce qui reste du parti, à un collectif temporaire ; à droite, le champ se libère pour les ambitions affichées de L. Wauquiez ; au FN, les voix se lèvent, les comptes de l’après-second tour et des législatives se règlent, et le torchon brûle entre d’une part Florian Philippot et le courant qu’il anime désormais (« Les Patriotes ») et, d’autre part, M. Le Pen, les partisans d’un retour aux fondamentaux identitaires et conservateurs, et, en somme, le gros de l’appareil. Le président invite son homologue américain D. Trump à Paris et le convie au défilé du 14 Juillet dans une atmosphère particulièrement chaleureuse, alors que les relations se tendent, au sujet du surcroît d’effort exigé de la Défense par le nouveau gouvernement, avec le chef d’état-major des Armées Pierre de Villiers, qui, fait inédit, finit par démissionner. Attaché à la rigueur et au respect des règles de Maastricht, l’exécutif doit en effet compenser la baisse de la pression fiscale annoncée par des coupes d’ampleur similaire dans les dépenses publiques. La poursuite de la diète imposée aux fonctionnaires, les restrictions budgétaires demandées aux grands ministères, mais aussi l’effort réclamé auprès des collectivités territoriales passent mal. La hausse programmée de la CSG pour les retraités, l’étalement de la suppression de la taxe d’habitation ou de la baisse des cotisations salariales, puis l’amputation de 5 euros des APL à la fin de juillet suscitent la réprobation de l’opinion au regard des projets d’allégement, voire de suppression, de l’ISF, de l’assouplissement de la taxation des revenus des capitaux et de l’ensemble des mesures prises en faveur des entreprises pour doper l’initiative, l’innovation et l’investissement, en un mot la croissance. Aussi l’état de grâce semble-t-il prendre fin dès le milieu de l’été.

Le gouvernement affronte ses premières difficultés au cours de l’année 2018 tandis que le taux de popularité du président connaît une chute libre de 40 % en avril à 20 % en décembre. Occulté par la nouveauté et la dimension transpartisane du « macronisme », le fossé entre le « nouveau monde » annoncé par les « marcheurs » en 2017 et les territoires, déjà perceptible dans les résultats électoraux, s’élargit.

Né sur les réseaux sociaux et nourri par ces derniers, le mouvement des « gilets jaunes » a notamment pour origine une pétition contre la hausse des prix des carburants, en particulier du gazole, à la suite de l’augmentation de la « taxe carbone » qui frappe au premier chef les habitants de la « France périphérique » (des villes moyennes et petites, rurale et périurbaine), obligés d’utiliser leur véhicule dans leurs déplacements quotidiens. Si cette grogne (dirigée également contre la limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires) peut, au début, sembler conjoncturelle, la protestation s’amplifie – la pétition, lancée au mois de mai sur internet, récolte plus d’un million de signatures – et se transforme en un vaste mouvement qui prend la forme d’occupations spontanées de ronds-points, dans l’ensemble de l’Hexagone, à l’initiative de petits groupes n’ayant pour tout signe de ralliement que leurs gilets de sécurité. Sans chefs ni représentants,refusant toute récupération politique, à l’écart des syndicats totalement pris de court, le mouvement est difficile à cerner, même si les interprétations diverses l’associent au poujadisme des années 1950, voire aux jacqueries d’Ancien Régime, tandis que les premières ébauches d’analyse tendent à montrer un recrutement très majoritaire parmi les employés, les ouvriers et les « professions intermédiaires », actifs pour la plupart, mais aussi retraités, et avec une forte participation des femmes. Cette mobilisation hétéroclite attire des citoyens qui n’ont été jusque-là jamais ou peu engagés dans l’action collective et reçoit surtout le soutien massif de l’opinion publique.